Le grain est il l’ennemi de la HD.
Peut on dire que le grain est l’ennemi du cinéma ?
Au même titre que le grain film, la profondeur de champ, l’information couleur et l’information dans les hautes et basses lumières correspondent à l’image que nous connaissons du cinéma.
Chacun est capable de différencier une image vidéo, d’une image cinéma grâce à cela, même si cette image est vue sur un écran LCD de qualité moyenne.
C’est tout à la fois culturel et correspond à l’identité du cinéma (la technique de la pellicule, l’halogénure d’argent et les couches RVB qui la constitue).
Peut on imaginer un western de Sergio Leone, ou les personnages seraient propres, avec la peau lisse et sans une trace de sueur ?
Non, de la même manière que l’on n’imagine pas un western avec une image lisse non granuleuse (car c’est l’identité de la pellicule correspondant à l’époque de ce type de film).
Généralement, lorsque l’on tourne en vidéo, mais que l’on veut avoir une image plus intéressante, on cherche à atteindre les différents paramètres cités précédemment.
Le paramètre le plus difficile à atteindre reste le grain film.
A l’ère de la photo numérique, les logiciels fournis ont parfois des paramètres « grain film », ceci afin de permettre à l’image d’avoir un rendu « photo » pour ne pas dire « pellicule ».
Le grain film est présent depuis le début de la photo et du cinéma.
Il a pris son origine dans la fécule de pomme de terre qui constituée la base des plaques autochromes.
Aujourd’hui la pellicule atteint une finesse (définition) très importante qui fait que le grain film est de moins en moins visible, mais il reste néanmoins présent.
Le fait qu’il soit moins visible correspond au fait que pour l’équivalent d’un pixel dans un master HD, nous allons avoir X grains d’halogénure d’argent multiplié par les trois couches R, V, B.
Dans ce cas là, le pixel ne va faire que restituer une moyenne de l’ensemble des grains équivalents, et codifier la couleur, ce qui signifie que la richesse d’information est moins importante que le 35mm.
Les pellicules négatives actuelles atteignent sans problème une définition de 6 K, alors que l’on est à 2K maximum (au format 1,77) en HD.
Sur les films actuellement tournés en pellicule, les sujets, l’esthétique générale … poussent certains metteurs en scène ou chef opérateurs à chercher à obtenir une granulation visible.
L’idée générale étant de ne pas avoir une image trop propre, trop lisse … (trop vidéo).
Le grain qu’il soit sur des films anciens ou des films récents est donc une composante de l’image et a un rôle scénaristique. Il peut donner une impression d’ancienneté ou donne une esthétique au film. Il va faire partie de l’identité du film.
Comment ce grain peut il être interprété en HD ou généralement en numérique ?
La grande difficulté est de réussir à conserver la structure du grain de la pellicule lors des différentes phases de fabrication nous permettant de visionner le film en HD, ou même en projection numérique 2K.
De la pellicule 35 mm, nous allons faire une capture.
Celle ci ne sera pas toujours transparente en fonction de l’image et de sa latitude d’exposition.
Un scanner en 2K va utiliser une analyse de type logarithmique ce qui va permettre d’obtenir une image très proche de ce que l’œil perçoit naturellement et va conserver une information riche en basse lumière ainsi qu’en haute lumière.
L’image va fournir une information plus douce (au final, plus progressive pour l’œil humain).
A contrario une capture effectuée sur un télécinéma HD est effectuée en linéaire et va apporter la même information régulière en haut, milieu et bas de courbe.
L’image va être plus contrastée et va perdre une partie de l’information dans les plages hautes et basse de la lumière.
Ce qui au final ne correspond pas totalement à l’œil humain et ne correspond pas non plus à la courbe initiale de la pellicule (qui est logarithmique) sur laquelle figure l’information.
Ceci va avoir déjà un premier effet sur la qualité du grain et la manière dont il va s’afficher, mais aussi être interprété par l’œil humain.
Par la suite, l’étalonnage va de la même manière que pour la captation, intervenir soit en logarithmique, soit en linéaire.
L’étalonnage peut plus ou moins mettre en évidence le grain film, en fonction du contraste qui va être appliqué, ainsi que les différents traitements possibles utilisables comme « le contour » qui donne une impression de netteté accrue.
On peut dire que l’étalonnage en fonction du fait qu’il « contrarie » ou non, ce qui est inscrit initialement sur la pellicule va renforcer l’aspect ou non du grain film.
Le fait de modifier notablement la courbe initiale de la pellicule va déformer l’information inscrite sur celle ci, si cela n’est pas transparent, cela peut par contre être voulu intentionnellement.
Dans le cadre de restauration de films anciens, il est difficile de trouver le juste équilibre de correction d’étalonnage.
Pour exemple, la restauration de « L’Eternel Retour » film de Jean Delannoy, du catalogue SNC, nous a posé beaucoup de difficulté lors de l’étalonnage.
Le seul élément existant est un contretype nitrate, qui n’a pas une très bonne définition, un grain très présent et un contraste très faible.
Un tirage de sécurité est fabriqué et est scanné en 2K, l’étalonnage se fait lui aussi en 2K (l’ensemble en logarithmique).
L’idée de départ lors de l’étalonnage est, tout en conservant une image douce, d’augmenter le contraste, afin de d’obtenir une plage plus large pour améliorer la distinction des informations.
Au final, nous n’avons pas pu augmenter beaucoup cette plage, car le fait d’augmenter le contraste renforçait la présence du grain (en générant un contour noir autour de celui-ci) qui rendait l’image moins lisible (au final le contraire de ce que nous cherchions à effectuer).
Nous sommes donc restés dans les plages initiales de l’élément 35mm.
L’interprétation électronique qui est utilisée lors de ces premières étapes va encore intervenir lors de la restauration (que ce soit en HD ou en 2K)
Une partie de la restauration va être effectuée en manuel (pour les cassures et gros défauts), le traitement de fond correspondant à l’élimination des petites poussières va se faire en partie en automatique.
En fonction du type de traitement, l’aspect du grain de l’image peut être changé, en modifiant sa structure, donc son aspect, qui peut se transformer en « bruit électronique ».
Concernant l’encodage HD :
Celui-ci doit comme tout encodage gérer un niveau de compression qui est appelé niveau cible pour réussir a mettre tout le film sur le disque.
Si les supports pour les DVD en HD ont de fortes capacités, la source comporte une information très riche à codifier.
En fonction du débit cible plus ou moins important, il va falloir éventuellement, effectuer certains filtrages afin de masquer les limites de l’encodage.
Ce traitement supplémentaire ne sera pas toujours invisible et généralement c’est le grain de l’image qui le subira en premier.
Tout ceci n’est donc pas toujours transparent en fonction de la manière dont le film est post produit, que ce soit un film ancien ou un film récent, mais pour toutes ces étapes, des professionnels veillent « au grain ».
Il reste une dernière étape qui peut avoir de plus grandes conséquences que tout ce qui a était cité jusqu'à présent.
Elle correspond à la manière et avec quel type d’écran vous allez visualiser le film.
De quelles manières, c’est dans quelle condition (la pièce qui comporte des fenêtres, un écran qui prends des reflets), l’angle limité de la vision, avec quel type de réglages : le mode intense, cinéma, le gamma, …
Avec quelle génération d’écran et quel type d’électronique embarquée, ce qui avec les meilleurs réglages, apportera son interprétation du signal et limitera la restitution des informations.
Conclusions :
Au final le grain n’est pas l’ennemi de la HD, pas plus qu’il est l’ennemi du Cinéma.
Il en est une de ces composantes, au même titre que la couleur (pas toujours bien restituée, elle aussi)
S’il est fidèle à la volonté artistique ou reflet de la capacité de la pellicule à restituer une image, à une époque donnée, il fait partie intégrante du film, et doit être présent et être correctement restitué.
La grande difficulté reste à conserver sa forme originale et la manière dont il est perçu par l’œil humain.
Si les différentes opérations de post production ne sont pas effectuées dans les règles de l’art (ceci dépendant aussi des appareil employés), le grain peut rapidement être modifié, changer de forme, jusqu'à apparaître comme du « bruit électronique », car c’est l’électronique qui va nous le faire percevoir ainsi.
Au final, « le grain » qui correspond à l’identité du film, s’il devient du « bruit électronique », fait retomber l’esthétique du film, à celle d’une mauvaise vidéo.
Le grain pour un film tourné en pellicule, doit pouvoir être conservé, s’il est visible et s’il fait partie de l’esthétique du film, afin que celui ci, lors de sa diffusion HD conserve son aspect « Grain Film » à l’identique de sa projection en Salle.